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Svpat M...

Dire que c'est à deux pas de chez moi...

26 Décembre 2015 , Rédigé par svpat-maah-renaud

Dire que c'est à deux pas de chez moi...

Faut dire aussi que l'église du quartier n'est pas mon lieu de promenade du dimanche matin!

( des autres jours non plus, faut dire !)

Ce trésor pénitentiaire exhumé des sous-sols de la prison a été placé dans l’église de Mazargues. Il raconte le chemin de croix de son sculpteur, un résistant communiste suisse sacrifié.

Une plaque rivée au mur narre la singularité de ce Christ en croix à l’expressivité si puissante, placé au croisillon de l’église de Mazargues. Il ne dit rien de son auteur. Rien. Comme si à la terrible injustice déjà vécue, le sculpteur devait encore se voir infligé la négation posthume.

Ce Christ en souffrance qui arrache des frissons est pourtant l’oeuvre d’André Lasserre (1902-1981), un artiste franco-suisse, résistant communiste, détenu aux Baumettes de 1946 à 1951. Lasserre, ce n’est pas rien en sculpture. Il fut d’ailleurs l’élève de Robert Mallet-Stevens et d’Auguste Perret. C’est l’ami d’André Derain, Moïse Kisling, Pablo Picasso ou encore Henri Matisse. Marxiste convaincu, c’est aussi l’artiste du parti avant guerre.

Membre du réseau dirigé par Reynold Thiel, il est arrêté avec le vice-consul suisse de Marseille pour avoir fabriqué de faux passeports suisses à des Yougoslaves traqués. Le tribunal maritime de Toulon le condamne à mort le 10 mars 1941 avec son épouse. Sur intervention de sa belle-soeur, la Croix-Rouge allemande le sort de la prison de Toulon. Il rejoint un réseau en Bavière, fait des sabotages. Dénoncé, il est arrêté par la Gestapo, incarcéré à Munich et envoyé à pied à Dachau où à sa sortie il ne pèse plus que 50 kilos. Mais le sort s’acharne car à Strasbourg où les Américains l’ont remis, on lui ressort le jugement de mort de Toulon où il repart le 7 avril 1946. Personne ne l’aide, le parti l’a lâché, les Suisses qui l’ont oublié n’interviendront qu’en 1950. Il demande une révision du procès mais toute la procédure judiciaire a été incinérée en 1943. La machine judiciaire suit son propre cours. Sa peine de mort est commuée en réclusion à perpétuité, puis à vingt ans puis cinq.

Le militant bibliothécaire

Le directeur des Baumettes, un communiste, le nomme bibliothécaire de la prison (intrigué par le fait qu’il manque des pages à tous les livres, il comprend que les détenus se torchent avec). C’est l’aumônier des Baumettes, l’abbé Albert Jaur, qui lui a commandé le Christ pour la chapelle cellulaire (bâtiment C) qui jouxte l’ancien quartier des condamnés à mort devenu le centre multimédia. La chapelle, c’était des placards alignés en gradin dans lesquels les détenus étaient «rangés» individuellement pour suivre la messe sans se voir ni se parler. Ce Christ des Baumettes raconte aussi les dernière prières adressées par ceux qu’on réveillait pour les « exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir » comme l’a si bien dit Robert Badinter. Onze supplices ont eu lieu dans la cour de 1939 jusqu’à la toute dernière en France, celle d’Hamida Djandoubi le 10 septembre 1977.

David COQUILLE

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Jerry OX 11/01/2016 15:48

je ne connaissais point l’église de Mazargues , merci pour cette information ! Beau blog que le votre !